Mardi 11 mars 2025, à 16h30. Carrefour des arts et des sciences, Pavillon Lionel-Groulx, Université de Montréal, salle C-2059
« Métamorphose de l'image et de l'écriture chez André Masson à la croisée de l'Occident et de l'Orient, 1938-44 »
Hiromi MATSUI (Maître de conférence à l'Université de Tokyo)
En 2024, plusieurs expositions ont été organisées pour commémorer le centenaire du Manifeste du surréalisme dans le monde entier. Si, en France, une grande exposition « Surréalisme » a été organisée au centre Pompidou, au Japon aussi, l'exposition « Surréalisme et le Japon » a fait son tournée à Kyoto, Itabashi et Mié, première tentative de donner une perspective entière du développement de ce mouvement artistique et littéraire dans ce pays de l'Extrême-Orient. L'objectif de cette présentation est de profiter de cette occasion pour approfondir l'imaginaire surréaliste, qui évolue entre l'Orient et la France.
En particulier, cette présentation se concentre sur l'expression des lignes dans les œuvres d'André Masson entre 1938 et 1944, puis examine la relation entre ses images et l'écriture, à la croisée de l'inspiration de la tradition occidentale et de celle de l'Orient.
Comme l'a souligné André Breton, la vision de Masson est celle d'une métamorphose sans fin. L'exposition rétrospective de l'été dernier a montré d'ailleurs que cette métamorphose est reconnaissable dans toute sa carrière artistique. En analysant les dessins publiés dans les livres illustrés de Masson entre 1938 et 1940, qui constituent dans leur ensemble un panorama des variations des métamorphoses d'images chez cet artiste, nous tentons d'abord de les classer en trois groupes. Le premier concerne les métamorphoses d'une chose en une autre chose. Souvent, dans les peintures et les textes de Masson, les animaux et les humains deviennent des plantes et des minéraux, et vice versa. Un deuxième constitue le dialogue entre l'image figurative et l'image abstraite. Dans ses illustrations, Masson déconstruit l'anatomie des corps vivants et la réduite à des géométries abstraites. Enfin, on peut discerner un va-et-vient entre l'image et l'écriture. Par exemple, dans certaines illustrations, la lettre S devient le cou d'un cygne, qui sert aussi de signe prophétique. Cette imagination dynamique de Masson découle de sources variées, depuis la littérature de Goethe, Mallarmé et Caillois, jusqu'aux dessins anatomiques baroques et aux représentations cubistes du corps, en passant par les théories de la peinture de Léonard de Vinci.
Ainsi, les métamorphoses que l'on peut observer dans l'œuvre de Masson à la fin des années 30 sont portées par un imaginaire proprement occidental, mais la deuxième partie de cet exposé soulignea comment Masson a élaboré cette généalogie de l'imagination occidentale en s'inspirant de la calligraphie japonaise des années 40. Manifestement influence par la calligraphie orientale, sa période dite « asiatique » aurait débuté dans les années 1950, alors que dès son tableau La Curée peint en 1944, on peut reconnaître clairement les caractères japonais. Nous pouvons y discerner l'harmonie parfaite des trois types de métamorphose mentionnés plus haut, à connaître la vision de la transfiguration des lettres abstraites de « hiragana » (un des principaux alphabets de la langue japonaise) en une figure humaine. La rencontre de Masson avec la culture orientale est d'ailleurs plus ancienne : dès les années 1930, il s'était intéressé au zen par l'intermédiaire du journaliste japonais Kuninosuke Matsuo (1899-1975).
S'il ya eu ainsi un moment en Occident où les visions surréalistes se sont connectées à la culture japonaise, au Japon, la culture orientale s'est connectée au surréalisme d'une manière différente. Le dernier volet de notre présentation se terminera donc par une étude comparative d'une réinterprétation de la culture orientale par les surréalistes japonais à la fin des années 30 et au début des années 40. Ainsi, Cette présentation examinateura non seulement comment les artistes français ont utilisé l'Orient comme source d'inspiration artistique, mais aussi comment les artistes japonais ont utilisé le mouvement d'avant-garde occidentale comme une occasion de redécouvrir leurs propres origines culturelles, transcendant ainsi les frontières entre l'Orient et l'Occident.

